Challenge Bell: Il fallait bien que ça arrive un jour…
2011.09.17 | Charles David Mathieu-Poulin

Revenons au 5 novembre 1999 : j’ai 12 ans, suis un peu rondelet et pas totalement encore bien dans ma peau, mais déjà maniaque de tennis. Je porte fièrement mon uniforme de chasseur de balles pour la première fois, moi qui visitais en tant que simple petit spectateur le Challenge Bell de Québec depuis deux ans déjà (mention soudaine d’Els Callens que j’adorais). Je garde certains souvenirs vivides de cette première journée de boulot tennistique : les adorables petites lulus de Francesca Lubiani, Linda Wild (pour son nom) qui affronte une toute jeune Marie-Ève Pelletier, Mashona Washington qui déjà à l’époque troublait la paix du Club Avantage, mais surtout, le premier match où j’ai eu le privilège de lancer maladroitement des balles à des joueuses obscures : Jolene Watanabe contre Tracy Almeda-Singian.

J’ai eu la chance de revoir Tracy le mois dernier lors de la Coupe Rogers de Toronto. Maintenant retraitée du tennis féminin professionnel, elle travaille pour Wilson et fait la promotion de la compagnie lors des tournois. De mon côté, j’avais troqué le gras de bébé et l’uniforme pour quelques pouces de plus et l’accréditation média. En discutant, une nostalgie soudaine a accaparé toute notre attention : les choses ont bien changé, depuis ces douze dernières années. Pour moi, à cette première journée de boulot tennistique s’en sont probablement ajoutées des milliers. Pour elle, le rêve d’un succès mondial s’est transformé en une opportunité de voyager le monde en gardant un lien certain avec ce sport qui la fait vibrer. Dans les deux cas, le tennis reste central dans notre vie. Mais autrement.

Tracy et moi, 12 ans plus tard

Depuis cette rencontre et avec le début de l’édition 2011 plus tôt cette semaine, les souvenirs du Challenge Bell se sont succédés :

  1. M’humilier en échange devant Alina Jidkova en trébuchant dans le filet;
  2. Chanter Can’t Fight the Moonlight avec la juge-arbitre Eva Azderaki;
  3. Faire partie de la Dream Team (cette équipe incomparable de chasseurs de balles expérimentés qui ne sera jamais reproduite, autant en qualité qu’en folie);
  4. Vivre mon premier amour entre deux matchs;
  5. Voir pour la première fois la fougueuse Stéphanie Dubois tout donner sur un court;
  6. Pleurer, les années suivantes, autant de joie que de tristesse (Jidkova et Vakulenko, anyone?) suite aux résultats de cette même Stéphanie;
  7. Rester debout sur un court jusqu’aux petites heures du matin pour terminer un double assez particulier (n’est-ce pas Alain?);
  8. Voir Alexandra Stevenson porter un chapeau orange et noir pendant toute une journée d’Halloween (malgré qu’uniquement Alexandra Stevenson est un spectacle en elle-même);
  9. Être témoin de l’éclosion de Mélanie Gloria dans la surprise de l’année sur le circuit;
  10. Côtoyer Maria Sharapova, Lindsay Davenport, Justine Henin, Jennifer Capriati, Elena Dementieva, Mary Pierce, Jelena Jankovic, Victoria Azarenka et…Nancy Loeffler-Caro;
  11. Créer des liens amicaux peu probables avec Jennifer Elie, Angela Haynes, Ahsha Rolle, Severine Beltrame, Shikha Uberoi, Laura Granville ou Kelly Liggan;
  12. Consoler Poutchkova après son double bagel perdu en finale contre Bartoli;
  13. Voir ma mère danser avec le père de Nathalie Dechy (un peu trop entreprenant) à la soirée des joueuses…

Souvenir d'une autre vie: Stéphanie et moi, en 2004

Mais surtout, je me souviens des nombreuses personnes aussi uniques qu’extraordinaires que j’ai rencontrées au travers des années passées sur ces courts au bleu trop éclatant. Certaines font encore grandement partie de ma vie, d’autres en ont disparu avec le temps, mais toutes ont modelé la personne que je suis aujourd’hui. J’ai tellement appris, grandissant au rythme des échanges.

En ce 17 septembre, jour des demi-finales de l’édition 2011, si tous ces souvenirs me rendent particulièrement mélancolique, c’est probablement parce que, pour la première fois en seize ans, je n’aurai pas vu une seule balle frappée au Challenge Bell, obligations professionnelles obligent. Je ne suis plus ce petit préadolescent qui coure des balles, ni ce cégépien qui manque des cours ou cet universitaire qui s’autoproclame une semaine de relâche en septembre. Non, je suis un adulte, avec la vie non-modelable qui l’accompagne. Il fallait bien que ça arrive un jour…

Les commentaires (2)

  1. J’espère de mon côté que la vie ne m’éloignera pas trop du tennis. J’ai été gaté cette année avec Granby, Toronto, Québec et le Saguenay qui s’en vient.

    Il y a plusieurs choses moi aussi que je me rappelle du Challenge Bell.

    - Bien sûr le fameux match de double dont tu fais mention ;) . On étaient très peu à être restés si tard pour finir le match. Et pauvres chasseurs de balles hihi dont tu faisais partie.

    -Le match de Mélanie Gloria contre Hantuchova. Tout un match pour nous dans les estrades.

    -Du temps du Club Avantage, les morceaux de décor qui tombaient pendant un match et la pluie qui rentrait lol

    -Encore à Avantage,la célèbre pirouette artistique de Pat qui s’étend de tout son long après s’être enfargé dans le tapis. Son regard qui a suivi par après était priceless aussi.

    -La rencontre de Jennifer Embry( aujourd’hui Russell)
    -L’amitié qui s’est crée après avoir rencontré Kim Couts et sa mère deux années de suite à Québec.
    -La rencontre de deux journalistes cette année durant le tournoi. Très sympatiques.
    - Les yeux qu’un a fait quand je lui ai dit sérieusement que Price était échangé pour Ovechkin. Il était sûr d’avoir manqué un scoop sur le coup lol
    - La conversation que j’ai entendu où Ghinda demande une WC en double :)

    Il y a plein d’autres petits moments comme ça mais ce serait trop long. Le tennis nous amène plein de souvenirs.

  2. J’aurais pu ajouter toutes les belles promenades à pied que j’ai fais au fil des ans lors des journées creuses de tennis. Et mon côté maso cette année en montant la côte Gilmour :)

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