Droits télévisuels: Où se cache le tennis féminin?

Transposons-nous à Doha, au Qatar: les huit meilleures joueuses (en santé) du circuit de la WTA sont regroupées pour le championnant de fin de saison. La bourse totale est de plus de 4.5 millions de dollars, sans compter les bonus additionnels. On parle donc de la crème de la crème de l’année 2010: qu’en avons-nous vu sur nos écrans? Rien, ou presque.

La présence du tennis sur les réseaux sportifs canadiens est limitée, mais correcte. Devant la forte popularité d’autres sports comme le hockey, le football, le baseball, le basketball, le golf et (ironiquement) le bowling, les dards et le poker, les réseaux préfèrent souvent favoriser le ratio coût d’achat/cotes d’écoute à la qualité du contenu. Malgré tout, les amateurs de la petite balle jaune obtiennent leur dose de coups droits et de revers de temps à autres. Par contre, un mystère persiste: pourquoi près de 80% du tennis télévisé provient du circuit masculin de l’ATP?

Le tennis féminin est, depuis presque toujours, le sport féminin le plus populaire. N’importe où dans le monde, il ne suffit que de voir la réaction suite à la mention de Serena et Venus Williams ou Maria Sharapova pour voir à quel point ces athètes sont des stars internationales. Localement, les versions féminines et masculines de la Coupe Rogers accueillent sensiblement le même nombre de visiteurs (un phénomène unique au monde) et le Challenge Bell de Québec attitre les foules depuis maintenant 18 ans. Le problème ne doit donc pas provenir de la demande du public canadien, mais bien de l’offre du circuit.

Sauf quelques exceptions, seulement sept tournois féminins sont sur nos écrans: l’Open d’Australie, Indian Wells, Miami, Roland Garros, Wimbledon, la Coupe Rogers et le Us Open. Qu’ont en commun ces sept événements? Ils sont mixtes. Mis à part la Coupe Rogers, où une semaine complète de tennis féminin nous est présentée, la programmation des autres tournois est très majoritairement masculine. En 2011, la situation pourrait s’empirer, sachant que les versions masculines et féminines de la Coupe Rogers seront jouées la même semaine. Le tennis féminin sera probablement encore un ‘mal nécessaire’ pour les télédiffuseurs: un amuse-gueule en jupette avant le ‘vrai spectacle’.

Il est vrai que le produit qu’offre l’ATP présentement est supérieur à celui de la WTA. Alors que les grandes stars du top 10 masculin jouent en moyenne 22 tournois annuellement, Serena Williams, Venus Williams, Kim Clijsters, Justine Henin et Maria Sharapova en ont joué respectivement 6, 9, 11, 9 et 13. Cette différence n’est certainement pas le fruit du hasard: la WTA est en pente descendante, l’organisation du circuit est déficiente, les négociations des droits télévisuels stagnent et les athètes semblent peu motivées à redresser la situation.

La solution face au manque de temps d’antenne du tennis féminin au Canada est pourtant simple: l’arrivée au pays d’une chaîne spécialisée. Un sondage rapide montre, chez les principaux câblo-distributeurs, la possibilité d’obtenir des chaînes entièrement dédiées au golf, au soccer, au hockey, à la course automobile, à la boxe, à la pêche…Par contre, le Tennis Channel, pourtant en ondes depuis quelques années aux États-Unis, n’a toujours pas traversé la frontière.

Les amateurs se sentent donc maintenant obligés de se tourner ailleurs pour visionner leurs favorites, et Internet semble la solution de choix. Avec ses nombreux ‘livestreams’ où certains matchs sont présentés, cette alternative est une perte évidente de profits autant pour le circuit que ses commanditaires. La WTA tente bien de s’ouvrir à ce marché, mais les coûts exorbitants de son système virtuel d’écoute (comparativement à la gratuité un peu partout sur le web) est très irréaliste. De plus, la qualité y est moindre et les commentaires ne sont pas localisés et souvent dans une langue inconnue: peu pratique pour en apprendre plus sur notre sport ou nos joueuses locales.

Il est temps que la WTA se réveille, car autant les joueuses que les amateurs semblent quitter le navire. Il est vrai que,  comparativement au Titanic, l’iceberg qui causera le naufrage est visible depuis longtemps, trop longtemps…

4 commentaires pour “Droits télévisuels: Où se cache le tennis féminin?

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  2. Oufff. Ca c’est un sujet assez complexe.

    Ca fait effectivement des lunes que le tennis masculin a la priorite sur le tennis feminin a la television. Et comme pour la saucisse, plus les reseaux en montre, plus les gens apprecient et plus les gens apprecient, plus les reseaux en montre. Il serait cependant plus complique d’arriver au meme resultat avec les filles car les gens s’interessent surtout aux grandes vedettes. Et comme l’ATP a un top plus solide en tant que performances que la WTA, ils veulent voir plus de Federer, Nadal, Djokovic, Murray, Roddick etc… Les meilleures de la WTA ont plus de difficulté a maintenir un meme niveau durant toute l’annee et les gens ne s’identifient pas autant a une joueuse en particulier. ce qui ne veut pas dire que l’on verrait pas de l’excellent tennis chez les femmes. Regardez seulement la qualite de la finale au Saguenay cette annee. meme si c’est a un niveau inferieur, personne ne serait reste indifferent face a ce match.

    Donc les reseaux d’ici restent avec le plus facile et ils n’ont aucune volonte de faire tourner la roue. Les couts des droits de tele sont assez eleves mais en Europe, le tennis feminin est assez bien represente a la tele. Donc il faudrait vraiment que les reseaux d etele canadiens investissent en ce sens au lieu de tout mettre les budgets sur le hockey. Ce n’est qu’une question de choix.

    Il est aussi difficile d’evaluer l’interet du public canadien en se fiant aux assistances a la Coupe Rogers. Oui il y a beaucoup de monde..mais combien sont la juste parce que c’est l’endroit ou il est « in » d’etre vu. Certaines personnes ne savent meme pas reconnaitre une joueuse du top 5 mais sont contentes de montrer leur nouvelle robe ou de se vanter d’avoir ete a la Coupe Rogers. Toutes ces personnes ne seraient pas devant le petit ecran pour regarder un match.

    La Federation Internationale de Tennis doit aussi faire son mea culpa pour le manque de visibilite du tennis feminin dans les pays comme le Canada. Pour qu’un produit fonctionne il doit etre vu. Pour quoi ne pas organiser une Coupe du Monde feminine comme au soccer qui aura lieu tous les 2 ans au lieu du systeme actuel qui est tres complexe. Ce serait un gros happening pendant 2 semaines tous les 2 ans qui serait vu a travers le monde. Les joueuses se plaignent de la longueur du calendrier. Ils pourraient decreter un arret d’un mois chaque deux ans dans le calendrier pour presenter cette Coupe du Monde. En meme temps ils devraient faire l’arret aussi dans les ITF et ils ne devraient permettre aucune presence dans des matchs exhibition. Comme ca l’arret serait complet pour toutes sauf l’elite des meilleurs pays qui joueraient 2 semaines pendant ce mois.

    Ca offrirait une belle visibilite au tennis feminin. Combien n’ont jamais regarde un match de l’Impact au soccer et apres avoir regarde le Mondial, s’est interesse a l’Impact?

    Et pourquoi nos reseaux n’innoveraient pas en achetant les droits sur quelques tournois a partir des quarts de finale. Il n’y aurait pas de match bacle a l’avance du au desequilibre des opposantes et ca ferait de bons match.

    Enfin c’est complexe mais tout n’est question que de volonte et de dollars ;)

  3. Je suis en général d’accord avec toi sur tout, particulierement sur la Fed Cup (on en avait parlé dans une autre entrée).

    Je crois par contre sérieusement que le problème vient aussi de la WTA. L’ATP a bien réussi avec ses Masters, les joueurs y sont toujours, le niveau est excellent, les droits télés sont pas trop chers car les commanditaires sont présents. Le public va y être, parce que le spectacle y est.

    Les joueuses de la WTA ont des personnalités beaucoup plus éclatantes que les hommes, mais jouent beaucoup moins. Pourquoi? Parce qu’elle en sente moins le besoin, probablement. Je ne sens pas que les hommes se sentent ‘forcés’ à jouer, ils veulent jouer. C’est ce que la WTA doit tenter d’instaurer.

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